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Eric Namont, le culte du magazine papier

C’était un pari audacieux. Alors que l’arrivée du numérique annonçait le déclin de la presse papier, Eric Namont fonde en l’an 2000 KD presse, une société de conseil en diffusion et distribution tournée vers les éditeurs de presse indépendants. Rencontre avec ce dandy moderne qui cultive l’art et le style des belles revues dans son nouveau concept-store parisien tout en leur donnant une visibilité internationale.

Comment est née KD Presse ?
Je travaille dans le monde des médias depuis 26 ans. Au cours de ma carrière, j’ai été tour à tour chef de projet, gérant d’une librairie presse, consultant en stratégie de lancement et de diffusion. A la fin des années 90, j’étais directeur commercial d’un grand groupe, responsable d’un portefeuille de 250 magazines OJD…

… Et vous avez tout quitté pour créer votre entreprise !
Oui. J’ai toujours été passionné par les belles revues, comme Le Matricule des Anges ou La Revue des Deux Mondes, une des plus anciennes publications littéraires françaises. Collectionneur et amoureux des magazines de styles, avec une identité artistique et des contenus approfondis, j’avais envie de mettre mon expérience et ma connaissance de tous les rouages du métier au service d’éditeurs de presse indépendants. En 2000, j’ai donc créé la société KD Presse (KD signifie Kiosque Diffusion), pour conseiller les créateurs de magazines dans la diffusion et la distribution de leurs supports.

C’était une prise de risque ?
En effet, je n’étais plus dans l’univers des grands médias mais dans une presse de niche, ultra confidentielle. Et c’était tellement plus exaltant ! Au début, KD Presse distribuait des magazines comme Wad (We are Different), un magazine de streatwear qui a marqué toute une époque, les revues avant-gardistes Crash, Mixte, Trax… Ces titres pointus abordaient principalement les différentes facettes de l’industrie créative : mode, photo, design, lifestyle…

Comment faisiez-vous pour les rendre visibles ?
Nous avions un réseau de points de vente spécialisés et, en 2006, l’ouverture de notre site internet a permis de réunir tous ces titres en proposant leur vente en ligne. Alors que la tendance était aux magazines numériques, nous avons toujours veillé à ne pas proposer de webzine. Notre métier, c’est le support papier. Depuis plus de 10 ans maintenant, le site sert de plateforme pour découvrir et acquérir les magazines indépendants du monde entier, quel que soit le lieu où l’on se trouve.

 

 

Justement, qui sont les lecteurs de ces magazines ?
Ce sont essentiellement des créatifs qui suivent les tendances et des férus de mode, de photo ou encore de design. Plus de 80% des acheteurs sont des étrangers qui n’ont pas toujours accès à une telle diversité de média dans les univers artistiques. Nous livrons ainsi les supports imprimés dans plus de 90 pays, de l’Australie à la Russie, des Etats-Unis au Japon.  Il faut savoir que les frais postaux en France sont beaucoup plus avantageux que dans les autres pays. De nombreux lecteurs en Belgique ou au Luxembourg achètent ainsi les magazines internationaux via le site KD Presse.

Et le profil des éditeurs ?
Ce sont surtout des jeunes sortis d’école d’art et de design graphique comme l’Ecole Duperré ou l’Ecole Cantonale d’Art de Lausanne (ECAL). Ils ont envie de créer des magazines arty avec de belles images, de raconter des histoires, de surprendre en mêlant gravures, photos, typographies contemporaines. Souvent leur publication s’apparente à un mook, entre le magazine et le book d’inspiration.

Selon vous, quelles sont les clés du succès d’un magazine indépendant ?
La persévérance dans le choix d’une ligne éditoriale et la singularité de la revue, avec un contenu exclusif en papier que l’on ne retrouve pas sur le web. Il faut donner envie aux lecteurs de collectionner les numéros, savoir relancer l’intérêt à chaque parution. Il est essentiel également de déployer une bonne stratégie de communication, notamment sur les réseaux sociaux.

Un titre qui pourrait illustrer cette réussite ?
HOLIDAY, le magazine repris par le directeur artistique Franck Durand et sa thématique du voyage dans une ville ou un pays, dévoilée à travers différents styles mêlant art de vivre, mode, littérature… ; PLEASURE GARDEN qui s’inspire des jardins d’agrément londoniens du 18ème siècle pour recréer l’enchantement des lieux où l’on s’échappe pour s’adonner à de multiples plaisirs.

KD Presse aujourd’hui ? 
C’est 400 références de magazines abordant une variété de thèmes, de la culture au voyage, de la mode à l’architecture ou à la musique. KD Presse accompagne les éditeurs de presse en amont comme en aval et, grâce à sa reconnaissance internationale, leur permet d’entrer dans des réseaux de distribution fermés. Depuis 2015, nous proposons également des numéros rares pour les collectionneurs, comme des anciens numéros de Purple, Max, Pin-Up ou encore Housewife.

 

 

L’ouverture du concept-store Les Editions du Kiosque au coeur du « Village Boileau » marque une nouvelle aventure ?
Oui c’est une nouvelle étape dans la vie et la dynamique de KD Presse. On nous demandait depuis longtemps de créer un lieu de vente physique pour réunir tous les titres. Et lorsque l’opportunité d’ouvrir un concept-store avec Beige Habilleur s’est présentée, nous n’avons pas hésité. La boutique nous permet aujourd’hui d’accueillir les lecteurs et de les conseiller dans leurs choix avec un décryptage des titres selon leurs centres d’intérêt.

La mode et les magazines cohabitent bien ensemble !
Nous partageons avec la marque de mode masculine le goût de la création et des collections, des lignes soignées et de qualité. La tradition du papier et la modernité des magazines de KD Presse se marient bien avec les classiques esthètes de Beige Habilleur. Dans la journée, nos clients se croisent, s’intéressent aux deux univers, feuillètent les magazines avant ou après les essayages. L’ambiance est très sympa !

 

Boutique Les Editions du Kiosque KD Presse & Beige Habilleur
83 rue Chardon Lagache
KDpresse.com
Beige Habilleur