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Un poète nommé Jasmin

La station de métro Jasmin a beau être située dans un cadre bucolique, son nom n’a rien à voir avec la fleur éponyme. En effet, Jasmin est l’autre nom de Jacques Boé, un poète né en 1798 à Agen.

Après des études au petit séminaire, le jeune homme devient apprenti coiffeur puis s’installe comme perruquier dans sa ville natale. Très vite, ses talents de conteur se font remarquer : la clientèle se presse dans son salon pour l’écouter raconter des histoires et les poèmes qu’il écrit en langue d’oc. L’écrivain Charles Nodier, intrigué par le succès de ce coiffeur singulier qui manie les mots aussi bien que les ciseaux, entre un jour dans son échoppe et, conquis à son tour, lui ouvre les salons littéraires de Paris.

Charabi charabia
Jasmin publie plusieurs ouvrages et devient célèbre avec sa romance La fidelitat agenesa, ses odes Lou tres de may, couronnée par l’Académie d’Agen et Lou Charabi. Ses poèmes en occitan suscitent néanmoins les moqueries de quelques hommes de lettres parisiens qui considèrent leur patois comme du baragouin. Parmi eux, Balzac, qui surnomme Jasmin « le perruquier poète », ironise :

« Dans une brillante soirée donnée par M. Villemain chez un de ses amis, le célèbre poète charabia a lu sa charmante élégie du Fer à toupet :

Qu’es debenou lou tan oï moin mouse inconnou
Cantait loun blou cielo et vertous compagnou
Timidou, craintivo, coum oun hirondello
Ché vollou légèrou sour lo petiot ruisso !

Ces vers ravissants, que personne n’a compris, ont suscité un immense enthousiasme ».

 

 

« L’Homère sensible aux prolétaires »
Ces boutades n’entament pas le succès de Jasmin qui rassemble ses textes dans une série de recueils intitulée « Les Papillotos ». Il continue non seulement à écrire mais aussi à se produire dans toute la France. Tel une star, il sillonne le pays pour réciter ses poèmes lors de lectures dont il reverse les recettes à des œuvres de charité. Au total, on estime que ses 12000 représentations auraient rapporté près d’un million de revenus au profit des plus pauvres !

Adulé par le peuple, le troubadour altruiste que Lamartine appelle « l’Homère sensible aux prolétaires » a marqué la vie culturelle de son époque. Grâce à lui, la poésie occitane s’est fait connaître bien au-delà de la Provence. Décédé en pleine gloire le 4 octobre 1864, Jasmin a également ouvert la voie au mouvement littéraire provençal Félibrige, fondé par Frédéric Mistral. Et en 1909, ce dernier lui rendit un vibrant hommage lors de l’inauguration de la statue de Jasmin à Agen en saluant  « lou grand poueto dòu Mièjour » ;
le grand poète du Midi.