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La nouvelle vie de la caserne Exelmans

Les gendarmes de la caserne Chalvidan, au 51 boulevard Exelmans, ont quitté les bâtiments en septembre dernier pour laisser place à un nouveau centre d’hébergement d’urgence parisien à destination des demandeurs d’asile, réfugiés statutaires et familles sans-abri.

En attendant l’aménagement de logements sociaux d’ici deux ans, l’association Aurore occupe le site, accueille les migrants et mène de multiples actions pour favoriser l’intégration des populations hébergées. Parmi les missions d’envergure, le Projet Exelmans a pour ambition de créer un espace de sociabilisation pour tisser des liens et favoriser les initiatives entre les habitants du quartier et les résidents.

Adrien Roques, coordinateur du Projet Exelmans, nous a fait visiter l’ancienne caserne et a répondu à nos questions sur l’Appel à Candidature lancé actuellement afin de réaliser, comme aux Grands Voisins dans l’ancien hôpital de Saint-Vincent de Paul, un lieu de vie et de services utiles à tous.

 

 

Pourquoi la caserne Chalvidan ?
Construite en 1908, la caserne n’était plus d’une grande utilité pour la Gendarmerie, sa mission s’exerçant en zone rurale (Paris étant du ressort de la Police). Libérée par les gendarmes à la fin de l’été, elle offrait l’opportunité de reproduire l’expérience des Grands Voisins : accueillir et héberger durant deux ans les personnes précaires ou exilées, tout en proposant à des associations et des entreprises d’occuper des locaux au sein des bâtiments afin de créer un lieu de vie, de mixité d’usages et d’échanges à la fois humains, culturels, professionnels entre hébergés et riverains.

Quelle est sa capacité d’accueil ?
L’ancienne caserne est composée de 6 bâtiments mêlant logements et espaces collectifs. Les appartements, qui vont du F2 au F4, disposent d’une cuisine, d’une salle de bain et d’une ou plusieurs chambres occupées chacune par deux personnes maximum. C’est un lieu exceptionnel en termes d’hébergement qui permet de mettre à l’abri plus de 300 personnes. Actuellement, nous accueillons 150 demandeurs d’asiles, 100 réfugiés essentiellement afghans, syriens, érythréens ou sud-soudanais, et 50 familles en situation de précarité ou d’exclusion.

Comment les habitants du quartier ont réagi à leur arrivée ?
Il y a eu des craintes au tout début mais très vite, le climat s’est apaisé lorsque les riverains ont compris que ces réfugiés étaient surtout des exilés politiques. Tout le monde connaît la situation en Syrie et en Afghanistan, en Erythrée où la dictature enrôle les hommes de force et à vie dans l’armée, au Sud-Soudain où sévissent la guerre civile et la famine. Les migrants fuient leur pays et se réfugient chez nous pour survivre et protéger leur famille. Contrairement aux idées reçues, de nombreux habitants du quartier sont venus apporter leur soutien, en faisant des dons de vêtements, de nourritures et de livres.

Comment les aidez-vous au quotidien ?
Une vingtaine de travailleurs sociaux les accompagnent dans leurs démarches administratives, juridiques ou médico-sociales. Au-delà de l’accueil, les personnes exilées ont besoin de se familiariser avec le français et de s’intégrer. Pour cela, l’enseignement, la culture et les loisirs sont essentiels. Actuellement, tous les hébergés prennent des leçons de français et nous recherchons des bénévoles pour des cours de conversation. Certains réfugiés ont appris notre langue mais ont dû mal à parler. Un peu comme certains français avec l’anglais : on a beau avoir appris à l’école, comprendre et tenir une discussion, c’est une autre affaire ! Des habitants du quartier viennent donc parler avec eux pour qu’ils se sentent en confiance.

C’est là que prend tout le sens de votre mission et de l’Appel à Candidature ?
Oui, nous avons à cœur de réunir toutes les personnes qui ont envie de se sentir utiles, à titre personnel ou professionnel, autour de projets communs. L’Appel à Candidature propose aux acteurs associatifs, culturels et aux entreprises d’occuper les 600 mètres carrés de bureaux et de locaux mis à disposition au rez-de-chaussée des bâtiments. Les candidats doivent présenter un projet favorisant l’insertion des personnes hébergées ou leur implication au sein d’une aventure collective. Parmi les réfugiés, il y a des menuisiers, des boulangers, des musiciens, des profils très variés. L’idée est de mettre en relation les personnes pour que chacun puissent bénéficier des compétences de l’autre.

Quels types de projets privilégiez-vous ?
Les projets qui s’intègrent à la fois aux besoins des résidents et répondent à des besoins non pourvus dans le quartier : ateliers de réparation, restaurants associatifs, commerces de proximité, jardins-potagers urbains… Actuellement par exemple, une jeune radio musicale veut s’installer et accueillir les musiciens iraniens et syriens en exil ; une association souhaite créer un café-boulangerie pour faire découvrir les pains et la cuisine des pays de réfugiés ; une photographe propose même de transformer les anciennes cellules de dégrisement en studios et ateliers photos ! Chacun peut exposer son projet, à partir du moment où il permet de tisser des liens entre les différentes personnes et cultures.

Votre rêve ?
Nous allons bientôt organiser des journées « portes ouvertes » pour que les riverains puissent découvrir et comprendre notre démarche. Beaucoup nous l’ont demandé afin de rencontrer les migrants hébergés temporairement et de faire connaissance mutuellement. Ce sera un moment clé pour fédérer et encourager les initiatives. J’espère que ce rendez-vous sera porteur. Ensuite, construire ce « village alternatif » dans l’ancienne caserne, un lieu convivial où les résidents, les artisans, les associations, les entreprises et les riverains apprendraient à vivre, travailler ensemble tout en créant des activités bénéfiques pour tous. Plus qu’un rêve, c’est un voeu cher que nous pourrons concrétiser grâce à l’adhésion des habitants du quartier et de l’arrondissement.

Si vous êtes artisan, artiste, entrepreneur et que vous souhaitez rejoindre cette belle aventure, déposez votre candidature avant le 26 novembre sur la plateforme de Plateau Urbain https://plateforme.plateau-urbain.com

 

Photos Le16cc, à l’exception de l’image en couverture prise par Sarah Cantaloube.