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La paume regagne du terrain !

C’est un lieu discret et chargé d’histoire. Créée en 1908 au dernier étage d’un immeuble de la rue Lauriston, la « Société sportive du jeu de paume et de racquets » abrite l’un des derniers terrains de paume en France. Le club parisien qui compte près de 150 membres perpétue la tradition de ce jeu millénaire, ancêtre de tous les sports à raquette (tennis, squash, badminton, pelote basque) avec la volonté de le faire connaître au plus grand nombre.

Visite des lieux en compagnie de Tim Batten, Président du Comité Français de Courte Paume et de Matthieu Sarlangue, joueur N°1 français.

A quand remontent les premiers jeux de paume ?
La paume est née en France à l’époque médiévale. Elle désignait à l’origine un jeu qui consistait à se renvoyer une balle, appelée eteuf, au-dessus d’une ligne. Les parties se jouaient à mains nues ou gantées de cuir, d’où leur nom lié à la paume de la main.

 

 

Et les raquettes sont arrivées…
Les premières formes du jeu se déroulaient en extérieur, sur une prairie ou dans un chemin. Au cours du XIIIème, le jeu entre dans les villes et se pratique dans les rues ou sur les places et parvis. Par le suite, il connait un tel engouement que sa pratique devient impossible dans les espaces publics. Les joueurs se replient alors dans des salles et créent le jeu de « courte paume », disputé désormais avec des raquettes, à la différence de la « longue paume » qui continue à se jouer sur des terrains extérieurs spécifiques.

 

 

Comment le sport s’est-il développé ?
Les monarques et l’aristocratie étaient des adeptes du jeu. C’est d’ailleurs le roi Henri V, emprisonné par le duc Charles d’Orléans pendant la guerre de cent ans, qui a importé le jeu de paume en Angleterre, pays où le sport est le mieux représenté aujourd’hui. A la fin du XVIème siècle, le pratique de la paume atteint son apogée et devient incontournable dans toutes les cours européennes. Pour l’anecdote, la France comptait alors à cette époque pas moins de 1500 courts de paume dont 250 à Paris !

Comment expliquer sa disparition progressive ?
La vogue de la paume s’arrête avec Louis XIV, qui souffre de la goutte. Comme ses médecins lui recommandent de ne plus faire d’exercice, le Roi Soleil se tourne vers le billard et lance une nouvelle mode. Au fil des années, la paume est délaissée et les terrains servent à d’autres activités. Ainsi, au Château de Versailles, c’est dans l’ancienne salle du jeu qu’est signé le fameux « Serment du Jeu de paume », le 20 juin 1789. Aujourd’hui, l’ancien court abrite un musée : sous les tentures et les tapis se cache un terrain préservé de toute beauté que nous rêvons de voir revivre un jour…

 

 

On sent une pointe de désolation dans votre voix ?
Oui et non, car la suite de l’histoire est passionnante ! Certaines salles ont été transformées en théâtre ou en lieux culturels, comme le Jeu de Paume à la Concorde, reconverti en 1907. C’est à cette date, lorsque les joueurs de paume – appelés paumiers – ont été chassés de leur salle des Tuileries qu’ils ont fait bâtir deux terrains dans un immeuble du seizième arrondissement pour y fonder la « Société sportive du jeu de paume et de racquets ». Une façon de protéger la destinée du sport.

Parlez-nous de ce lieu mythique…
Le club a été créé en 1908 au dernier étage d’un hôtel particulier de la rue Lauriston. Il comprend quatre courts de squash (créés sur l’un de deux terrains d’origine en 1927) et un court de jeu de paume magnifique, sous une double verrière Eiffel de 30 mètres de haut, idéale pour le service dit « girafe » ! De la rue, on ne peut pas imaginer qu’un tel lieu existe : seules deux raquettes en fer forgé accrochées au mur et une petite plaque en laiton sur la porte indiquent que vous êtes au Jeu de Paume. A l’intérieur, le club a un côté old school plaisant, avec ses boiseries, ses canapés et fauteuils en cuir, son bar cosy qui rappellent les clubs de gentlemen anglais.

 

 

Comme l’indique l’horloge figée à 7h55 dans le hall, on a l’impression que le temps s’est arrêté ici !
Oui, c’est ce qui fait le charme du lieu. Les traditions sont toujours présentes, à l’image du panneau indiquant « tenues blanches exigées » à l’entrée du court de paume. Les joueurs sont toujours vêtus de blanc, élégants dans leur style comme dans leur jeu. Pour autant, le club n’est pas élitiste. On a l’impression qu’il est privé et sélect. En réalité, tout le monde peut y entrer, notamment pour découvrir le sport et l’atmosphère du lieu, discret mais pas fermé.

 

 

Aimeriez-vous que la paume sorte de sa confidentialité ?
C’est non seulement un souhait qui nous tient à cœur mais un véritable défi qui nous mobilise aujourd’hui. La paume est rattachée désormais à la Fédération Française de Tennis. Elle est reconnue comme un sport de raquette à part entière et, sous l’égide de la FFT, l’Open International du Jeu de Paume est organisé chaque année. Le tournoi qui réunit les meilleurs joueurs au monde permet d’être médiatisé. Nous avons également en France de grands champions comme Matthieu Sarlangue, N°1 français. Et chez les femmes, la joueuse n°2 mondial est française !

Pour augmenter la notoriété du sport, il faudrait également un plus grand nombre de courts et de joueurs ?
Actuellement, la paume est pratiquée dans le monde par 8000 joueurs, principalement en Angleterre, aux Etats-Unis  et en Australie. Avec ses 300 adhérents, la France qui a vu naître le sport, fait figure de petit poucet. Aujourd’hui, il ne reste plus que trois courts de paume en France, à Paris, Fontainebleau et Pau. Mais pour répondre à un nouvel engouement, de nouveaux terrains sont actuellement en construction à Bordeaux et Chinon. La paume vit une nouvelle page de son histoire, grâce au soutien de nos joueurs et de personnalités, telles que le Prince Edward, fils de la Reine d’Angleterre et grand amateur de paume, qui est très investi pour développer la visibilité et la notoriété du sport en France et partout dans le monde.

Jeu de Paume
74 ter rue Lauriston
www.squashjeudepaume.com

 

A lire : Mathieu Sarlangue, joueur n°1 français de paume